Comprendre et analyser les enjeux du secteur de l’assurance

« Prévention en Santé » : d’assureur payeur à assureur préventeur

//« Prévention en Santé » : d’assureur payeur à assureur préventeur

Préambule

prevention-des-avcLes compagnies d’assurances sont confrontées depuis quelques années à de nombreux changements. Si les nouvelles technologies apportent leurs lots de transformations (rappel décryptage #1), c’est également dans le cœur du métier d’assureur qu’il faut chercher les enjeux de demain.

En effet, dans un univers en constante mutation, où les GAFA seront dans les années à veni
r, amenés à prendre une place de plus en plus importante, c’est la place même de l’assureur traditionnel qui est en jeu.

Ainsi, avec la multiplication des nouveaux acteurs et une digitalisation des échanges de plus en plus importante, le futur d’une compagnie d’assurance ne sera t’il pas de se restreindre à un rôle de porteur de risque a
ssocié à ces entreprises 2.0 ?

Pour parvenir à sortir plus fort de cette turbulence qui agite aujourd’hui les grands acteurs du métier, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur assurantielle qui est à reconsidérer. Parmi les chantiers prioritaires des assureurs, comment passer d’une logique d’assureur payeur à assureur préventeur ?

Un marché qui s’organise … doucement

Durant l’année 2016, avec la mise en place de l’ANI (accord national interprofessionnel), de nombreux acteurs de la complémentaire santé ont massivement communiqué sur leurs nouvelles offres de service
s de prévention destinés aux salariés.

Au delà du lancement de la réforme sur les contrats collectifs, c’est l’ensemble des acteurs de l’assurance santé qui investit sur le champ de la prévention, s’appuyant dans la majorité des cas sur les nouvelles technologies et sur les objets connectés.

Par exemple, MGEN et son projet Vivoptim (programme de e-santé pour prévenir le risque cardio-vasculaire), CNP assurances qui propose une plateforme de prévention des risques liés à la santé pour chaque étape importante de sa vie, ou encore Harmonie qui lance son guide de santé connectée, c’est donc l’ensemble des acteurs qui s’organise.

Si ces programmes de prévention vont dans le sens de l’histoire, il est raisonnable de penser que toutes ces offres n’ont pas pour objectif de révolutionner le marché des assurances de santé mais plutôt de se différencier sur un marché très compétitif avec un habillage marketing offrant une image plus transverse de l’assureur.

A la rentrée 2016, Generali fait un pas de plus vers l’assurance comportementale, incluant directement l’assuré dans la démarche, en lançant son produit Vitality. Ce « dispositif de coaching santé et bien-être des salariés » suscite déjà de nombreuses réactions, « mais pourrait préfigurer la couverture d’entreprise de demain », d’après l’argus de l’assurance.

Si l’un des enjeux de la dernière réforme ANI implique qu’un investissement d’au moins 2% des cotisations soit consacré au financement de prestations non contributives (incluant donc la prévention), l’autre enjeu fondamental auquel sera confronté l’organisme de santé de demain est beaucoup plus important.

Un enjeu majeur, la transition épidémiologique

Il y a cinquante ans encore, la majorité des décès dans le monde était causée par des maladies infectieuses et une minorité due aux maladies non transmissibles. En 2008, la situation s’est inversée avec un rapport 63/37 et les projections à l’horizon 2030 sont de 88/12. Sur 57 millions de décès survenus dans le monde en 2008, 36 millions sont dus aux maladies non transmissibles (MNT) principalement les maladies cardio-vasculaires (17 M), les cancers (7,6 M), les maladies respiratoires (4,2 M) et le diabète (1,3 M).

Le phénomène est donc double : d’une part, progression intrinsèque des maladies chroniques non transmissibles, d’autre part, diminution des maladies infectieuses en raison des succès médicaux indéniables obtenus depuis 20 ans.

Ce phénomène d’inversion des familles de risques, pourrait provoquer une révolution mutation profonde au cœur même de notre système de santé, tant au niveau des soins qu’au niveau de leurs financements.

En effet, ces maladies mobilisent déjà près de 70% du régime obligatoire et représente 90% de la croissance annuelle des dépenses. Hors, paradoxalement, l’organisation complète des soins est encore orientée autour d’un modèle défini à une époque où la prévalence de ces maladies était encore limitée et où les maladies infectieuses représentaient la première cause de mortalité.

Dans ce nouveau schéma, la prévention devient alors fondamentale. En effet, une part importante des maladies non transmissibles, y compris les cancers, peut être évitée par un changement des comportements individuels (mode de vie, habitudes alimentaires, activité physique, tabac, alcool).

Un nouveau modèle à concevoir

L’heure est donc aujourd’hui aux changements. Les leaders de l’assurance santé de demain seront à la pointe de l’expérience client digitalisée et orienteront ses modèles économiques autour de la prévention.

Le développement massif de nouvelles technologies et d’objets connectés vise d’ailleurs à accélérer ce mouvement.

Au Etats-Unis, par exemple, la startup OSCAR a déjà organisé son business modèle sur les éléments suivants :

  • la prévalence de l’expérience client, basée notamment sur une simplification profonde des échanges entre l’assureur et l’assuré,
  • l’implication de l’assuré dans le « self-care » è Oscar pousse ses assurés à l’auto-prévention, notamment grâce aux montres connectées récompensant les assurés en cas d’activité physique importante,
  • un réseau de soin interconnecté et disponible 24h/24h,

Cet exemple d’entreprise en pleine expansion aux Etats-Unis, misant sur l’auto-prévention et sur l’implication directe de l’assuré dans sa démarche santé, présente un modèle à venir d’assureur préventeur, misant plus sur l’action en amont que sur le simple remboursement de soins en aval.

De l’assureur au « préventeur »

On peut donc imaginer que l’assureur de demain sera celui qui réussira la transformation de son business model autour de la prévention.

Ces nouveaux services pourraient être facturés sous forme d’abonnement, et pourraient constituer la future marge des assureurs.

On peut alors imaginer une nouvelle norme de performance et une bascule vers un ratio Abonnement Prévention / Cotisation Assurance, où plus le niveau de prévention sera élevé, plus le risque d’accident sera faible et donc plus la cotisation d’assurance sera basse. Nous assisterons alors au renversement complet du modèle d’affaires traditionnel de l’assurance.

Un élément manquant à l’explosion du modèle : la confiance de l’assuré

En conclusion de ce décryptage, nous pouvons considérer que tous les éléments sont réunis pour faire évoluer le marché vers un modèle global où la gestion du risque en santé sera transverse car portée autant par l’assurance (en aval) que par la prévention (en amont).

Reste un élément important à analyser : comment concilier le nécessaire accès par l’assureur aux données médicales et comportementales de ses assurés, avec le droit au respect de la vie privée de ces derniers ? Par ailleurs, au-delà des données médicales fiabilisées, comment garantir la sincérité des données liées aux comportements individuels (activité physique, alimentation…)  et intégrer la collecte de ces données dans un cadre juridique nouveau ?

La question de l’implication de l’assuré dans un modèle d’auto-prévention avec un partage de données confidentielles entre les deux parties mérite plus qu’une simple conclusion et fera sans doute l’objet d’un prochain décryptage. Toutefois, mes années d’expérience en réseau de distribution m’ont permis de voir le comportement des assurés évoluer au fur et à mesure des années.

Les relations digitales, le plus souvent décriées il y a 10 ans font désormais partie du quotidien de l’assuré.

Je suis donc persuadé que ces nouveaux contrats impliquant l’assuré (self-care) au quotidien, passeront par toutes les étapes d’acceptation successives d’une innovation avant de faire partie du quotidien des assurés dans les 10 années à venir.

L’acceptation du partage de ces données sera, selon moi, rendue possible si elle s’accompagne d’une réelle incitation tarifaire en cas d’implication de l’assuré.

2017-11-14T11:47:18+00:00 5 octobre 2016|Categories: Décryptages|Tags: , |0 Comments

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