Comprendre et analyser les enjeux du secteur de l’assurance

« Blockchain » : Effet de mode ou nouveau modèle durable ?

//« Blockchain » : Effet de mode ou nouveau modèle durable ?

Préambule

image-blockchainSi l’assurance a connu de profondes évolutions au cours des dernières décennies, il est fort à parier que les technologies de rupture apporteront encore leurs lots de changements. Si certaines technologies ne bouleverseront pas le paysage actuel, d’autres peuvent, au contraire, affecter l’ensemble de la chaîne de valeur du métier d’assureur.

Parmi les enjeux de demain, une technologie en particulier attire l’attention, la « blockchain ».

Cette technologie définit une base de stockage et de transmission d’informations, transparente (auditable par tous), sécurisée, figée (sans modification possible par un tiers) et fonctionnant sans organe central de contrôle.
Par extension, cette dernière constitue une base de données contenant l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Il existe des blockchains publiques et privées dont l’accès et l’utilisation sont limités à un certain nombre d’acteurs  (i.e. : les membres de la communauté).

Derrière ce terme, se cache en réalité une technologie qui a déjà fait ses preuves depuis une dizaine d’années.
On retrouve en effet les premiers modèles  de blockchain en 2008 avec la naissance de la monnaie numérique « bitcoin ».
Elle fut, à l’époque, le premier moyen de réaliser des transactions financières indépendamment de l’intervention d’une banque.

Les conséquences de la crise financière de 2008 conjuguées à la montée d’une défiance vis à vis des organismes financiers ont permis une croissance rapide de ce modèle en tous points novateurs.

Le parallèle entre cette période d’instabilité et notre période actuelle réside dans le transfert de confiance qu’opèrent les utilisateurs, des institutions traditionnelles d’une part, vers les communautés d’utilisateurs.

« Une bonne review vaut mieux que l’avis d’un expert »

Ainsi, le succès actuel des plateformes d’échanges en tout genre est un signal fort de la transformation de la société vers un modèle plus horizontal (entre pairs). En effet, les garanties nécessaires à la réalisation d’une transaction sont aujourd’hui d’avantage liées  aux retours d’expérience des utilisateurs que de l’argumentaire complet d’un spécialiste du secteur.

Les conséquences pour le secteur

Depuis plusieurs années, les compagnies d’assurances s’intéressent de près à cette technologie. Des entreprises comme Allianz ont déjà montré de l’intérêt et AXA a déjà investi 55 millions de dollars dans la startup Blockstream.

L’intérêt pour ces compagnies de s’étendre sur la blockchain est de pouvoir s’extraire de certaines tâches du cycle de gestion traditionnel d’un contrat et de s’orienter vers un modèle sans intermédiaire, et géré par les assurés eux-même.

Un tel procédé exige d’introduire deux nouvelles notions.

« Smart contracts », le chaînon manquant

Les smart contracts (« contrats intelligents » en français), sont des programmes autonomes (sans intervention humaine) qui exécutent automatiquement les termes d’un contrat.

Ils permettent de définir en amont les conditions d’exécution du contrat et, lorsque l’un des événement défini dans le contrat se produit, d’en automatiser la vérification et la liquidation des prestations.

L’élément nécessaire à la vérification automatique d’un événement est appelé « Oracle ». Cet outil informatique permet de rechercher des données extérieures nécessaires à la liquidation d’une prestation.

Prenons un exemple concret : « Monsieur Y » souscrit à une assurance décès et indique son épouse « Madame Y » en qualité de bénéficiaire du contrat.

Lorsque « Monsieur Y » décède, l’oracle vient rechercher l’information de manière automatique auprès du registre des décès (En France le RNIPP) et transmet cette donnée au « smart contract » qui automatise la liquidation de la prestation.

Si dans cette exemple, il eu été possible de réaliser ce contrat sans blockchain, cette fiabilisation des données permet à l’outil de se substituer au traditionnel gestionnaire d’assurance (tiers de confiance habituel).

Les perspectives qu’offre donc cette technologie pourraient engendrer de profondes transformations du secteur dans les années à venir, réduisant notamment les frais d’infrastructures et humains de manière considérable.

La question juridique au centre du débat

La création de ses organisations décentralisées et totalement autonomes (DAO) pourrait provoquer un changement de modèle du secteur de l’assureur, soit par la création pure et simple de nouveaux acteurs issus de l’Insurtech, soit de manière plus probable par l’intégration de ces nouvelles technologies au sein même des compagnies actuelles, rappelant par exemple l’intégration des banques en ligne au cœur même des stratégies des grandes banques traditionnelles.

Reste maintenant à répondre à l’aspect juridique de ce type de changement.

Certains contrats d’assurances (les assurances dites “obligatoires” comme les assurances automobile ou de responsabilité civile) sont réglementés en France, et en conséquence, de telles assurances gérées par un DAO n’ont, à ce jour, aucune valeur juridique (à moins que le DAO ne soit labellisé par une structure juridique qui réponde aux exigences légales du monde des assurances). Il faudra donc aussi attendre l’adaptation de notre système législatif pour que les DAO puissent s’inscrire dans le paysage actuel et bouleverser vraiment le secteur de l’assurance.

Mon point de vue sur ce sujet est simple, la législation ne permet pas aujourd’hui de proposer ce type de solution. Rappelons nous qu’il y a 15 ans, aucun texte de loi ne permettait de garantir des achats par internet.

Pour cette raison, et parce que nous ne pouvons combattre vainement l’innovation, de nouvelles lois viendront autoriser se genre de produit (peer to peer par exemple) en utilisation la technologie « blockchain ».

Le succès de ce genre de contrat ne sera pas pour autant garantie, le levier indispensable à la réussite restant l’expérience client et la solvabilité de ces entreprises de demain.

2017-11-14T11:47:18+00:00 29 septembre 2016|Categories: Décryptages|Tags: , , , |0 Comments

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